Avec la polémique récente autour de la tenue vestimentaire de la députée fraichement élue, Catherine Dorion, à l’Assemble nationale du Québec, revient la grande question de la tenue vestimentaire et de son importance dans les communications.
Voilà une question qui a l’air tout a fait fallacieuse et qui pourtant est critique. Vous en doutez ? Voilà une couple de sujets qui relèvent directement de la la symbolique vestimentaire et qui défraient régulièrement (trop souvent) les manchettes :
- La tenue de Justin Trudeau quand il va à l’étranger et qu’il veut montrer très, très fort, son respect pour la culture locale
- Le port de signes religieux au travail pour les fonctionnaires de l’état (et les autres)
- L’uniforme scolaire comme régulateur des inégalités à l’école
Bref, c’est un sujet sensible. La simple lecture des commentaires concernant l’accoutrement de Mme Dorion dans ses fonctions parlementaires vous en convaincront.
Le vêtement est social
Revenons quelques instants à la base. Le sociologue français Roland Barthes explique fort bien le rôle social du vêtement en tant qu’objet de distinction entre les classes sociales. En bref, l’ensemble des attributs de l’apparence permettent d’affirmer que l’on appartient à une classe sociale, et ce, depuis des siècles.
Le petit jeu de « l’habit fait-il le moine ? » s’est considérablement compliqué depuis les années 60. Plus de liberté et l’avènement de la société de consommation ont induit une variété croissante de possibilités, de tissus, de couleurs, que ce soit dans les vêtements, la coiffure, le maquillage, les accessoires, bref ce que l’on peut appeler globalement : le style. Le style met en relief des ressemblances avec certains individus (groupe auquel je veux appartenir) et aussi des différences avec le reste de la société. Le style, donc, est devenu un choix. Il ne s’agit plus simplement de perpétuer des codes sociaux mais bien d’afficher un désir conscient ou inconscient d’appartenir à un groupe.
L’habit et la communication non-verbale
Vous trouverez des dizaines de blogues conseils sur internet qui vous expliqueront quel look adopter pour booster votre carrière ou comment adapter votre apparence aux messages que vous souhaitez faire passer.
En effet, l’apparence extérieure est un élément majeur des premières impressions que l’on a d’une personne. On peut quasiment dire que c’est le niveau 0 de la communication : pas besoin d’entamer la conversation, ce dont j’ai l’air envoie déjà un message. S’ensuivent des conséquences très simples (et parfois simplistes) : je suis habillée décontractée dans un magasin de luxe, je serai servie moins vite. Je ne porte pas les derniers vêtements à la mode, je ne suis pas un ado digne d’amitié. Je remplace la cravate bleue habituelle par une cravate rouge : je suis un politicien en mode action, #bulldozer.
Autrement dit : une personne modifie la perception qu’elle donne d’elle-même selon les vêtements qu’elle porte.
L’entreprise et le code vestimentaire
En conséquence, les entreprises comprennent très bien l’impact de l’apparence sur l’image de marque. Elles imposent un code vestimentaire ou un uniforme aux employés pour développer l’image de marque, exprimer la culture d’entreprise, renforcer l’uniformité de l’expérience client. C’est particulièrement frappant dans le milieu des services financiers : banques, assurances, où l’on peut se voir refuser un emploi sous prétexte que l’on est tatoué ou un peu trop exotique. Le fait d’établir des règles précises permet a l’entreprise de maintenir plus facilement une certaine uniformité pour protéger la réputation.
Et une tenue soignée reste pour beaucoup une démonstration du respect que vous accordez a votre clientèle. Il s’agit de communication non-verbale conscientisée. C’est que, en plus de soutenir la marque, les codes de l’apparence ont pour objectif d’exprimer des valeurs : comme par exemple, un certain professionnalisme.
Un des commentaires qui m’a le plus marqué en lisant les critiques formulées à l’égard de Mme Dorion est le suivant : « Quel manque de respect ! ». Wow, cela m’interpelle : Respect envers qui, envers quoi ? L’institution qu’elle représente ? Ses électeurs ?
À quel moment est-ce que je considère, à titre d’électeur ou de client, que la façon dont une personne s’habille me concerne personnellement ?
Question subséquente : Refuseriez-vous d’être servi par une personne dont vous jugez la tenue inappropriée ?
Lors d’une récente visite à ma banque, que j’aime beaucoup en raison du service impeccable que je reçois depuis 10 ans, j’ai récemment été servie par une employée dont les cheveux étaient multicolores. À tel point que je l’ai remarqué. Et Dieu sait pourtant que je ne suis pas une grande fan des codes vestimentaires. J’ai été bien servie, comme toujours. RAS. Toutefois, aurais-je eu l’esprit aussi ouvert si j’avais rencontré cette employée avant d’avoir commencé à faire affaires avec eux ?
Certains pensent même que travailler dans une tenue décontractée nous rend moins productif. Est-ce vrai ou pas ? Peu importe, en fait : le seul fait de le croire, peut le rendre vrai. C’est une prédiction auto réalisatrice de Thomas ! « Si les hommes définissent des situations comme réelles, alors elles sont réelles dans leurs conséquences ». Un exemple frappant est celui de la personne en télétravail qui doit s’habiller comme si elle allait au bureau pour se sentir aussi productive que d’habitude… et donc l’être.
Faire un choix
Lors de mes années d’expérience dans les services financiers, je dois dire que j’ai trouvé l’adaptation à la pression sociale exercée sur le vêtement difficile et superficielle. Comment, en 2018, peut-on encore trouver que le jean n’est pas un tissu de vêtement « propre », voila par exemple qui me dépasse, puisque je valorise surtout le dur labeur, la loyauté, l’efficacité, le travail d’équipe. Et comment peut-on penser qu’un tatouage discret et élégant puisse être problématique, mais tolérer que certains directeurs n’aient pas de boites vocales et ne prennent même pas la peine d’adresser la parole à leurs collègues, subordonnés ou pas ?
Bref, l’attitude (l’action) n’est-elle pas prépondérante sur l’apparence (le statique) ?? Et bien cela n’est révélateur que de mes propres valeurs, et c’est déjà un choix.
Une chose est sûre : il est réaliste de penser qu’un look maitrisé et une image assumée renforce le charisme dans la sphère sociale.
Il reste à chacun la possibilité de jouer la carte souhaitée, puisque, aujourd’hui, le style est un élément que vous pouvez instrumentaliser et utiliser afin, soit de se fondre dans la masse, soit de sortir du lot. Mme Dorion le sait fort bien et l’utilise en toute sincérité en rompant les codes politiciens, elle qui appelle avec candeur à cesser de regarder son apparence et à s’intéresser à son message. Sa stratégie de communication, consciente ou inconsciente, est naturellement d’attirer l’attention par l’enveloppe puis de la diriger sur le contenu.
Parfois, porter la même chose que les autres membres du groupe est en réalité une façon d’externaliser le regard que l’on porte sur vous, d’en répandre la responsabilité à l’ensemble du groupe dont vous faites partie. C’est une façon d’éviter d’avoir à assumer des choix : pensons à certaines modes particulièrement bizarres. Si tous mes semblables en portent, qui peut me reprocher d’en porter ? Même un style décontracté peut être une forme de dépendance a une convenance populaire.
On ne parle plus de respect, alors, mais bien de renoncer a une certaine liberté intellectuelle. Le choix des vêtements porte une signification et peut faire évoluer les jugements. C’est donc, sans conteste, un élément de communication et il convient de bien réfléchir au message envoyé.


Merci pour cet article car j’ai longtemps propagé à mes collègues et clients, tu veux être directeur (ou directrice) habille toi comme un directeur! Et j’y crois toujours car je sais que le jugement de ceux qui offrent les promotions vont se faire sur ses bases… Mais je me souviens d’une année à l’école privée en tunique et j’ai toujours défendu le libre choix des vêtements scolaires! Paradoxale… Je sais et je l’assume entièrement… Merci de m’avoir informée que je ne suis pas seule à vivre ce dilemme éthique et professionnel ????