La rédaction est un métier formidable, quoique parfois peu valorisé. Dans son « Guide impertinent du rédacteur », Mme Josée Boudreau, rédactrice agréée, en dresse un portrait plein d’humour et offre de judicieux conseils que j’ai un grand plaisir à relayer ici.
Une fois n’est pas coutume, j’ai récemment pris le temps de lire un ouvrage de référence sur une spécialité que j’affectionne particulièrement: la rédaction.
C’est au détour d’une conversation Linkedin que j’ai eu connaissance de l’existence du « Guide impertinent du rédacteur », publié cet automne par les Éditions au Carré. Un titre séduisant et intrigant; comment ne pas se laisser allécher par cette recette que je tente moi-même de concocter régulièrement? Voilà qui m’a incité, contre mes habitudes, à un achat d’impulsion. Et je ne le regrette pas.
Outre le fait que Mme Boudreau, comme moi, n’hésite pas à se commettre avec une référence à l’irremplaçable Pyramide de Maslow, son ouvrage est à la fois instructif et agréable à lire. Surtout, il met en perspective bien des situations cocasses, mais répandues, et permet, comme plusieurs ouvrages professionnels, de mettre des mots (!) sur les réalités et enjeux de notre métier.
Je vous partage ici que je retiens de cet ouvrage, que je vous invite bien sûr également à lire.
Ce qui m’a été confirmé
- L’art de poser des questions est gage d’un travail réussi et pertinent. Au moins trois passages de l’ouvrage le soulignent. J’en déduis que Josée Boudreau et moi partageons les mêmes obsessions. Pour bien comprendre un mandat, en rédaction, en communications et plus largement, il faut poser des questions, dévoiler le message sous-entendu. « Souvent, votre client demeurera assis sur des informations importantes, ne croyant pas qu’elles vous seraient utiles ». CQFD.
- Si ça plait à tous, il est possible que ce ne soit bon pour personne. Ce que j’aurais dû répondre à un client interne qui ne comprenait pas pourquoi le message devait être décliné de différentes manières pour atteindre différentes audiences via différents médias!
- Le bon rédacteur/réviseur distingue avec diplomatie les « corrections » des « suggestions ». Les corrections consistent à éliminer, de la manière la plus ferme, les fautes. Les suggestions ont pour doux objectif d’améliorer le style, le ton, la clarté du fil conducteur, la structure d’une phrase, l’enchaînement des idées.
- La rigueur obsessionnelle constitue un immense atout dans ce métier. Pourquoi? Parce que, nous dit Josée Boudreau, « tout individu sachant lire peut subjectivement reconnaître un texte bien écrit ». Quel bonheur de se le faire confirmer.
- Le style est moins important que la simplicité et la clarté. Les périphrases et le zèle ne sont pas des essentiels à notre métier. Et je me dois d’ajouter, puisque j’ai un goût prononcé pour les défis de la rédaction web et de la vulgarisation, qu’ils sont parfois à proscrire totalement.
- Comprendre et tenir compte des autres maillons de la chaîne de travail (graphisme, imprimerie, développement web) est un grand plus. « On sous-estime toujours gravement la complexité du travail d’autrui ». J’y vois une parfaite justification de la nécessaire polyvalence du rédacteur: un professionnel des communications qui doit avoir plusieurs cordes à son arc.
- Il faut se méfier comme de la peste de la « 2ème version piégée » d’un document sur lequel nous devons apposer notre sceau de qualité. Rien de pire que les multiples allers-retours de PDFs et retouches non-contrôlées.
Ce que j’ai appris
- L’existence même du titre de rédacteur agréé.
- ANACOLUTHE : le nom d’un de mes pires ennemis. « Rentrée chez elle, son chien était mort ». Cette rupture dans la construction de la phrase est une faute de syntaxe très répandue qui nuit à la compréhension du texte. Peu apprécient de voir leur phrase corrigée dans ce cas. Et pourtant! « Rentrée chez elle, elle trouva son chien mort ». Même si le sujet est sous-entendu en début de phrase, nous devons protéger le lien logique en gardant ce même sujet dans la seconde partie.
- J’ai la même technique de relecture que Stephen King (-10% de mots dès la première relecture!). Je suis honorée, ravie, comblée.
- Une expression magnifique, ode à l’apprentissage et à la diplomatie, que vous connaissez peut-être : « On ne peut tirer sur une fleur pour la faire pousser ».
Ce que je prévois de mettre en place
- « Attention aux grands élans de générosité non sollicités », avertit Mme Boudreau.
« Ehlala », ai-je envie de soupirer en retour. Puisse cette recommandation capitale me rentrer dans la tête un jour! - Je commence à être bonne pour éviter les « … » et je honnis les virgules à n’en plus finir en guise de « respiration ». Maintenant, évitons les parenthèses. Heureusement que je ne pousse pas le vice jusqu’à en inclure dans les citations. Mais quand même. Cet article en est la démonstration, je n’arrive pas encore à m’en passer.
- Lire plus souvent des ouvrages instructifs, tels que celui de Mme Boudreau. Haro sur Netflix, Läckberg, Atwood et autres divertissements de chevet destinés à reposer le cerveau au retour des journées de travail bien remplies. Un peu de nourriture pour l’esprit, que diable.
Ce que je retiens
- La discrétion et l’humilité sont de grands atouts.
- Il n’est pas nécessaire de connaitre toutes les règles et exceptions par cœur, mais plutôt de savoir reconnaître les pièges pour pouvoir les déjouer (amen).
- La grande valeur que j’apporte dans ce métier est la vision d’ensemble que je procure à mes clients.
- L’humour, encore et toujours l’humour. Le secret d’une lecture réussie.
Le livre de Mme Boudreau est merveilleux. Peut-on lui reprocher quelque chose? La vision de la rédactrice, bien sûr, est celle d’une professionnelle émérite de l’administration publique. On parle ici beaucoup de rédaction corporative, informative. Moins de l’aspect publicitaire, marketing, de cette discipline. Je n’y vois pas là de réel défaut puisque le guide de Mme Boudreau est fort bien présenté et ses prétentions sont claires.
Bien sûr, il pourrait être intéressant de compléter le propos du point de vue du rédacteur d’agence, d’y ajouter des expériences clairement acquises dans le secteur privé, de mentionner les défis particuliers des rédacteurs sur les plateformes numériques, afin de rejoindre encore plus de communicants.
Si tel était le projet, j’y ajouterai volontiers un douloureux paragraphe consacré à ces difficiles cas de conscience professionnelle: quand il faut lâcher prise, couper dans le gras et même accepter l’usage commun du langage pour mieux atteindre notre audience!

