Depuis que je travaille en Amérique du Nord (2008), je ne cesse de m’interroger sur cette étrange pratique: de nombreuses personnes insèrent des doubles espaces après leur ponctuation de fin de phrase (généralement, un point). Pourquoi?? Et comment vous convaincre de mettre fin à cette pratique typographique qui n’a plus aucun sens?
Les doubles espaces sont utilisées à tort par de nombreuses personnes afin de séparer deux phrases. Une étrange perception semble répandue, celle que cette règle s’applique en particulier dans les textes à teneur « formelle ».
La plaie du relecteur
J’ai de la chance, je repère les doubles espaces à l’œil nu assez facilement. Grâce à mes années de relecture pour assurance qualité, j’imagine. Cela me permet d’en venir à bout rapidement, que ce soit dans un logiciel de bureautique ou dans un éditeur web.
Néanmoins, la double espace reste un irritant incompréhensible pour moi. Vous pensez que je sur-réagis? Pourtant, ce grave crime typographique est à proscrire et plusieurs vous le confirmeront avec un humour tout à fait rafraîchissant.
La double espace a plusieurs désavantages :
- Elle contrevient aux règles de la typographie européenne comme américaine, que ce soit en français ou en anglais
- Votre double espace ressemble à une faute (parce que c’en est une). Votre texte a l’air inachevé, mal relu ou bâclé. Vous passez pour un amateur.
- Elle donne un côté vieillot (devrais-je dire « vintage » par mansuétude?) à votre contenu. Génération qui a étudié dans les années 70, plus exactement.
- Elle interrompt le processus de lecture. Au mieux, votre lecteur prend une pause. Au pire, en ces temps de « multi-tasking » effronté et de concentration limitée, il est tenté de passer à autre chose.
- Il est bien plus facile, honnêtement, d’adopter la bonne pratique (PAS de double espace) et de l’appliquer universellement, que de débattre à n’en plus finir ou de s’exposer à subir visuellement des paragraphes mal équilibrés.
- Moins d’espaces = moins de travail, non?
Il est très étonnant de constater que le syndrome des doubles espaces a survécu jusqu’ici et qu’on les retrouve dans des communiqués de presse, dans des documents officiels de communications, et pire: sur le Web!
D’où viennent les doubles-espaces ?
Remontons à la racine du mal. J’ai recherché d’où cette pratique était issue, et j’ai trouvé plusieurs sources intéressantes.
Globalement, la pratique du double espacement provient des polices de caractère dites « monotype ». Ces anciennes polices de caractère de l’imprimerie et de la dactylographie offraient un espace horizontal identique à chaque caractère. C’est-à-dire une même largeur dans votre ligne pour chaque lettre. Il est facile de comprendre qu’un « i » prend moins de place qu’un « m ». Résultat : les polices monotypes donnent des textes peu esthétiques, inégaux, déséquilibrés, peu lisibles. Beaucoup d’espace blanc à l’intérieur des mots.
C’est la raison pour laquelle il fallait différencier la fin de phrase des autres espaces blancs. La pratique de double espacement fut instaurée. Sorti d’une machine à écrire, un document était plus facile à lire avec des doubles espaces.
Mais les polices à monotype ont quasiment totalement disparu dans les années 70. Dorénavant, les polices offrent un espace proportionnel aux différents caractères. Il n’est donc plus utile de maintenir cette vieille pratique qui n’a aucun avantage de lisibilité.
Comment supprimer les doubles espaces
Dans un logiciel de bureautique de type MS Word
- Utilisez la fonction Rechercher-Remplacer :
- Tapez un double espace dans le champ Rechercher
- Tapez un seul espace dans le champ Remplacer
- Procédez et admirez.
- Utilisez la fonction « ¶ » dite « pied-de-mouche », qui sert à afficher les caractères masqués et vous indiquera les espaces avec un point à mi-hauteur de ligne. Puis faites la chasse aux « ·· »
- Dans certains cas très particuliers, des solutions plus évoluées sont nécessaires (utilisation de logiciels libres par exemple). Il peut alors être utile de faire appel à des outils comme Grammalecte.
Pour le web
À ma connaissance, il n’existe pas d’outil permettant de repérer les doubles espaces, dans WordPress par exemple. Il faut y aller à l’œil. La meilleure solution étant bien sûr d’éviter les doubles espaces dès la saisie.
Conclusion
Oui, c’est un détail. Mais rendu là, tout effort visant à respecter les règles de l’orthographe, de la grammaire, de la syntaxe et de la typographie, est un détail qui participe à la lisibilité du contenu, à l’allongement du temps de lecture et de navigation dans votre site, et donc, au final, à votre référencement organique.
Alors, irréductibles « doubles-espaceurs », prenez acte et cessez de vous comporter en dactylographes des années 50. Je sais que vous êtes plus modernes que cela!
Et n’oubliez pas que la relecture de texte reste critique pour en assurer la qualité. Ne lésinez pas sur cette étape qui vous permettra de supprimer les coquilles. N’hésitez pas à faire une lecture dite uniquement « de ponctuation », ou demandez une relecture externe.
PS : Tant qu’à bien faire les choses, je vous rappelle que OUI, le mot « espace » est féminin lorsqu’il est employé pour désigner un caractère typographique.


C’est bien de faire un texte sur la typographie, mais la moindre des choses aurait été de s’assurer que son propre texte ne contienne pas d’erreur typographique. Deux phrases interrogatives se suivent dans le chapeau, une avec une espace fine devant les points d’interrogation, l’autre sans. Il y a une espace fine avant de point d’exclamation dans le titre, il n’y en a pas devant les autres points d’exclamation dans le reste du texte. On a ensuite le culot de recommander ses services en relecture. On voit la paille dans l’oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien.
Absolument Mme Jones! Je n’irais pas jusqu’à qualifier cela de poutre, mais je vais immédiatement rectifier cette erreur et je vous remercie de me l’avoir signalée. Cela prouve à quel point il faut toujours, toujours relire. Je ne regrette donc pas mon culot, bien au contraire! Imaginez, si moi qui suis une professionnelle qui pratique le « proofreading » depuis de si longues années, j’en oublie encore…
Et si je n’avais pas relu à peu près 35 fois… combien il resterait d’erreurs dans ce texte!
D’ailleurs, vous amenez la question de l’espace fine sur le web. J’ai fait le choix, comme plusieurs, de ne pas intégrer d’espaces avant les ? et les ! parce que le web ne gère pas l’insécabilité, à mon grand désespoir. Mais je dois avouer que cela blesse mon œil et c’est l’une des raisons pour laquelle je trouve constamment ce type d’oubli dans mes propres textes!
Merci pour cet article qui éclaire le pourquoi de cette pratique qui m’horripile également!
Je pratique aussi régulièrement la chasse aux doubles espaces 🙂
Merci pour l’article et noter que j’ai aussi appris à utiliser le double espace après le point mais dans les années 1980 lors de mes examens du Ministère à Ottawa… On a pas besoin de reculer si loin en arrière 🙂 J’ai corrigé le tire alors que les logiciels de correction ont sortis sur le marché mais je n’ai jamais su pourquoi alors très apprécié cette petite lecture!